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Architecture du Pays de la Soule
 
 
                                                                    ARCHITECTURE

                                                       L’architecture urbaine et rurale

Les constructions des maisons ou etxes de la campagne souletine découlent de la vocation agricole de ses différentes régions, des matériaux naturels trouvés sur place et des habitudes et coutumes des populations. Elles sont moins soumises que leurs voisines de Basse-Navarre ou du Labourd, aux pluies portées par les vents de l’Océan, mais doivent par contre affronter le froid et les neiges de la montagne. La maison n’est plus d’un seul tenant comme en Labourd ou Basse-Navarre, mais souvent en équerre ou avec plusieurs bâtiments autour d’une cour. La maison principale ne sert qu’à la famille. Sur un côté, perpendiculaire à la maison, se trouve la grange à l'ample porte cochère. C’est là que sont entreposés les instruments agricoles et l'étable surmontée du fenil. Le foin étant directement déposé dans les mangeoires par une trappe. Le bâtiment d’habitation est relié à ce bâtiment secondaire par un ezkaratz (eskatz pour certains auteurs),porche de distribution des piècessurmonté d’un linteau indiquant l’identité du propriétaire.
L’architecture de cette maison d’habitation, de forme rectangulaire, et au toit à quatre pentes, est plus proche de la maison béarnaise que de la maison basque classique. Mais elle est de volume plus modeste, nous sommes en pays pauvre.

Que ce soit à la ville ou à la campagne, les murs sont faits de galets des gaves alternés de schistes et parfois de briques. Les galets sont souvent mis en place de façon artistique en réseau dit de feuilles de fougères, quand ils ne sont pas posés en forme dite croisée. Ils peuvent aussi être séparés d'une façon régulière par des bandeaux de briques. Cette disposition, contrairement à ce que l'on peut penser, n'a pas qu’un but esthétique. Elle permettait surtout de mieux fixer le mortier de chaux vive qui, généralement couvrait les façades. Seuls les murs des communs n'étaient pas enduits. De nos jours, la plupart des murs des maisons (habitation et communs) sont peints en blanc. Les pans de bois utilisés dans les provinces basques voisines, sont absents en Soule.

Les ouvertures sont encadrées de bois ou de pierres, sculptées ou non. On peut rencontrer encore des linteaux de portes et de fenêtres sculptées. La porte principale n’est plus au centre de la façade comme en Labourd, elle s’ouvre soit sur le côté, soit sur un mur latéral.

Ces maisons sont couvertes par de grands toits d’ardoises, parfois de bardeaux de châtaignier, très pentus à quatre faces (ou à deux faces avec un retour en capuchon sur les pignons). De temps en temps, une simple génoise soulignant la toiture, apporte une certaine légèreté et élégance à l’ensemble. Si certains toits n’ont que des ouvertures de ventilation réduites : des outeaux ; d’autres, les plus riches s’agrémentent de lucarnes. Les ouvertures les plus élaborées et esthétiques comportent en avant du faîtage, une demi-croupe ou un arrondi appelé capucine. La lucarne à capucine témoigne de la richesse du propriétaire. Ce nom vient de la capuche des moines qu’elle est censée imiter. Certains toits sont à ruptures de pente ou à coyaux. Ces coyaux servent à évacuer plus rapidement et le plus loin possible l'eau de pluie ou la neige. Dans le passé, ces toits étaient en chaume et les murs des maisons les plus pauvres en torchis. Les imposantes cheminées sont souvent recouvertes d'une tôle arrondie.Quel que soit le secteur, dans la cour, ou dans les champs, trônent les inévitables creeds (séchoirs) à maïs grillagés. D’origine américaine, ils firent leur apparition dans les années 1950.

Il est à noter qu’en Haute-Soule l’on rencontre également nombre de maisons et surtout de granges traditionnelles, de type lavedanais (Bigorre), rectangulaire, trapue avec un toit d’ardoise à quatre pentes à coyaux et retour en capuchon sur les pignons.

Les moulins

La présence de nombreux petits moulins de montagne est due aux fors octroyés (coutumes) par les vicomtes de Soule aux populations locales.
moulin Moulin à Saint-Engrâce. Photo J. Omnès

Dans les bastides de Tardets et de Mauléon les habitants des nouvelles administrations bénéficiaient également d’un régime de faveur contre travaux d'entretien et de défense de ces nouvelles communautés.
Les petits moulins étaient souvent partagés par deux ou trois maisons. Il y avait jusqu’au XVIIIe siècle, près de 250 moulins fonctionnant en Soule, le long des petits ruisseaux. Rien qu’à Barcus, il y en avait près d’une trentaine et vingt-six à Larrau. La plupart ont fonctionné jusqu’aux années vingt. Remis en état de marche pendant la dernière guerre, beaucoup, ont par la suite, été abandonnés. Les plus beaux ont été transformés en résidence secondaire. De nos jours, il resterait près d’une dizaine de moulins en état de fonctionnement. Ces derniers font l’objet d’une étude approfondie par l’association Ikerzaleak. Une exposition sur le sujet a été organisée à Ordiarp en 2007.

Quelle que soit l’importance du moulin (simple cabane ou maison d’habitation), vous trouverez les mêmes outillages : comme le coffre à bluter et son tamis, la meule volante (près de 130 kg) tournant sur la meule dormante. C’est sur la dormante qu’étaient déversés les grains ou les noix. La meule volante (tournante) est en position verticale dans les moulins à huile ; cela permet de mieux écraser les cerneaux de noix. À l’extérieur, la pierre plate située près de la porte servait à poser le sac de grain ou de farine avant le chargement. Beaucoup de portes possédaient une chatière. Le chat étant très utile pour éliminer les rongeurs. Sous la bâtisse, la roue à godets ou rouet, placée sous les trombes d’eau jaillies des buses, entraînait la meule volante par son axe de chêne (ardatza). Sa vitesse était réglée par le contrôle du débit de l’eau. La plupart de ces moulins avaient deux jeux de rouets côte à côte.
On peut voir de « petits » moulins à Licq : le Goyhena et l’Ahuntxol, à Alçay et à Sainte-Engrâce. Certains, plus grands, ont été transformés en maison d’habitation ou en résidence secondaire comme à Domezain.

Les grands moulins, vu l’importance des moyens à mettre en œuvre, étaient surtout le fait des propriétaires aisés ou anoblis et qui, petit à petit, se réservèrent le droit de moudre, d’après le principe du droit de banalité réservé aux nobles. Ils se trouvaient surtout le long des gaves importants comme celui du Saison. Les paysans devaient y moudre leur grain moyennant redevance, à l’exclusion de tout autre moulin. Un meunier, commis du seigneur, habitait parfois avec sa famille dans les bâtiments. Ce droit de banalité sera remis en cause avec le cahier des doléances de 1789. Mais la grosse bourgeoisie qui racheta les plus gros moulins seigneuriaux durant la Révolution oublia souvent les obligations d’entretien des ruisseaux, qui, sous l’ancien régime, faisait partie des corvées imposées par le seigneur à ses vassaux. Seuls les gros moulins rentables subsisteront. Au XIXe siècle, l’apparition de la turbine a permis aux plus importants de se transformer en minoterie, en scierie ou en usine fournissant de l’électricité. Ce sera le cas dans la région couverte par le présent guide, du moulin de Montréal, dit du roi, à Mauléon, et ceux de Licq, Charritte...
Deux adresses :
- Association des amis des moulins Ardatza-Arroudet. Siège : Maison pour tous, 64300, Saint-Pé-sur-Nivelle. ' 05-59-54-19-49. Fax : 05-59-85-94-35.
¿ www.ardatzaarroudet.asso.fr ¿ ardatza@ardatzaarroudet.asso.fr ¿ Présidente Claire Noblia. Créée en 1988, cette association affiliée à la F.F.A.M. (Fédération française des amis des moulins) regroupe environ 80 adhérents dont la moitié sont des propriétaires publics et privés de moulins dans le département. Elle participe aux Journées du Printemps de l’Environnement, aux Journées du Patrimoine, à celles des Moulins, de la Musique, et du Patrimoine du Pays… Elle édite un bulletin bi-annuel : Ardatza.
- Association pour la sauvegarde des sites et ensembles monumentaux des Pyrénées-Atlantiques. À Lucq-de-Béarn. Présidente Michelle Dufau. ' 05-59-34-38-84. L’association édite une plaquette Moulins en Béarn.

Un CD : Inventaire des moulins de Soule par Robert Elissondo. Maison Puyage 64130 Hôpital-Saint-Blaise. ' 0872-949 521. pour chercheurs ou passionnés.
Une plaquette Des moulins en Pays Basque par Jean-Pierre Etchebeheity. Éd Atlantica, 2007. Y sont mentionnés, entre autres, trois moulins de Soule. Belles photos.

Moulins

Les pigeonniers

Privilège des maisons nobles ou plutôt des terres nobles, le pigeonnier a été du XIIe à la fin du XVIIIe siècle, le complément indispensable du château, de la maison forte et de l’abbaye laïque. Fournisseur d’œufs et d’engrais sous le nom de colombine, le pigeon se vit attribuer, dès la fin des déforestations et du début de la mise en culture céréalière des sols (XIIe-XIIIe siècles), d’élégantes maisons. En 1992, environ, 90 pigeonniers ont été recensés dans le département, dont près des 2/3 en Béarn.
Quelques types de pigeonniers ont été érigés en Soule :

- de plan circulaire, les plus anciens et les plus solides,
- de plan polygonal,
- sur colonnes (les plus pittoresques),
- en pignon sur un bâtiment de la propriété.
PigeonnierPigeonnier  de Barcus
Pigeonnier maison (Mauléon)                          Pigeonnier cylindrique (Barcus) Photos J. Omnès

Pigeonnier

Il est bien difficile de tous les énumérer tant ils sont nombreux. Par contre, leur conception se concentre sur trois points communs : les boulins, les murs et le toit.
Les boulins sont les alvéoles où viennent se nicher les volatiles. Ces boulins souvent en quinconce étaient limités en fonction de l’importance de la propriété. Logique ! Un escalier de bois imposant et pivotant sur un axe permettait d’accéder aux boulins les plus élevés.
Les murs circulaires, carrés ou octogonaux, qu’ils soient de galets, de schistes ou de briques, selon la région, étaient à l’extérieur, ceinturés à différents niveaux par une arête ou moulure taillée en larmier. Cette arête qui parfois était enduite de suif devait empêcher les rongeurs de pénétrer dans ce qu’ils pouvaient considérer comme leur garde-manger.
Les toits étaient, pour les plus rares, en coupole de pierre de taille, ou de maçonnerie. Plus fréquents étaient les toits de forme conique avec ou sans coyaux. Certains de ces toits pointus possédaient quatre ou six pans. Ils étaient recouverts de tuiles plates, d’ardoises et parfois de bardeaux. Beaucoup étaient surmontés d’un pittoresque lanterneau.

Une adresse : l’A.S.S.E.M.P.A. ou association pour la sauvegarde des sites des P-A a édité en 1994, une élégante plaquette avec de nombreuses photos sur les pigeonniers des Pyrénées-Atlantiques. Auteur Pierre Gaussens, éditeur Assempa, Micheline Dufau 64360 Lucq-de-Béarn. ' 05-59-34-39-84. Dans la région qui nous concerne, on peut admirer des pigeonniers à Barcus, Mauléon, Trois-Villes (Elizabia)…

Les travails à ferrer

Jadis, la force motrice était l’œuvre des animaux de bât et des animaux de trait. Aussi, chevaux, ânes, mulets, bœufs et même vaches, étaient-ils ferrés, pour avoir une meilleure assise, d’usure plus longue que celle de la corne. C’est le maréchal-ferrant et parfois le forgeron qui pratiquaient la pose des fers sur les sabots. Pour faciliter leur tâche, ils avaient à leur disposition un petit ouvrage charpenté, protégé par un toit. Cet ouvrage servait à la contention de l’animal. Le joug permettait de bloquer la tête de l’animal, le rouleau monté sur un axe servait à tendre les sangles qui le soutenaient et les deux pièces de bois assemblées aux poteaux servaient d’appui aux pattes des animaux.
Dans quelques villages, cet « outillage », mémoire d’un travail du passé a été conservé et restauré. Il voisine généralement la bascule, mais on en trouve restaurés le plus souvent en Béarn voisin, sous le nom de lou herradé.


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Herradé en Béarn voisin. Photo J. Omnès

Les frontons ou la plaza


Les jeux de balle ou jeux de blaid, qu’ils soient à main nue, à la pala, à la raquette ou au gant (chistera), petit (joko garbi), ou grand, se jouent contre un mur appelé fronton. L’aire de jeux s’appelle cancha. Voir aussi le dossier sports 

Ces frontons de forme arrondie au sommet sont de couleur blanche ou rose et sont parfois ornés en leur milieu d’un motif basque souvent le laubürü et surmonté de la date de construction.

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Fronton aux armes de la Soule 

Une ligne peinte à 80 cm du sol, hauteur d’un filet de tennis, délimite la hauteur du jeu. C’est le fronton place libre. Il n’a pas de dimensions imposé et les matériaux de construction utilisés peuvent varier. La surface jouable au sol est délimitée par des lignes blanches. Celles-ci varient selon le type de jeu.
Chaque village a son fronton, souvent au centre, sur la place du village, tel une agora. Il est bordé pour les spectateurs, de larges marches soit d’un côté soit des deux cotés, en fonction de l’importance de la plaza. Le grand chistera a lieu généralement l’après-midi, alors que le rebot a lieu le dimanche après la messe. Voir le chapitre « Pelote basque. »
Depuis 1932, a été importé d’Espagne, le jeu de blaid utilisant également un mur de gauche avec un trait horizontal à 0,90 cm du sol, comme à Barcus ou à Charritte.

Il existe également un type de plaza ou Jaï-Alaï (jeu allègre), à mur de gauche, mais long, et avec un mur de retour ou rebot, face au fronton. Ils sont surtout érigés dans des salles couvertes. C’est sur ce genre de fronton que se joue le cesta punta. Le public est protégé par un filet. On peut en admirer un tout récent à Mauléon, le Jaï-Alaï Ororena.

La Soule possède deux très beaux trinquets (salles couvertes) : à Menditte, Tardets, Larrau, Viodos… Le trinquet Glaria de Mauléon, rénové, et celui tout moderne de Garindein à paroi de verre et tambour (cabine) escamotable.

Une plaquette : Frontons de place en place en pays basque de Robert Debroise-Assempa, Éd. Marrimpouey, 1985. Le jeu de balle vu par des écrivains célèbres de Francis Jammes à Pierre Loti, en passant par Joseph Peyré et bien d’autres. Quelques photos en noir et blanc, des plazas, les plus connues. 

Le laubürü

appelé couramment croix basque orne la plupart des frontons de la Soule. C’est l’emblème formé par quatre virgules, chaque virgule étant constituée de trois demi-cercles. En basque, cela signifie quatre (lau) têtes (bürü). Ce symbole mythologique fort ancien et d’origine inconnue existait déjà au Néolithique en Basse-Navarre. Assez répandu dans le monde celte et aux Indes, il symbolise le soleil. Pour certains, il pourrait indiquer le mouvement du temps : les quatre saisons ou les quatre éléments de la vie : l’eau, le feu, la terre et l’air. Il s’est multiplié au XIXe siècle dans la décoration des stèles, des meubles et des frontons pour devenir avec le drapeau aux quatre couleurs, le symbole identitaire du peuple basque. Nombreux sont les Basques qui le portent en breloque.
Lauburu


Les calades

C’est un revêtement de sol, fait de galets, ou de pierres. La calade réalisée le long des carrerots (chemins) est souvent faite d’une façon grossière avec des morceaux irréguliers de schiste et des galets. Il s’agissait surtout d’affermir le sol et de se protéger de la boue. Par contre, devant les maisons ou les bâtiments publics, la calade appelée calade d’usoir, se transformait en véritable œuvre d’art. Elle était généralement faite de galets calibrés, bien jointoyés, de tonalités différentes. Elle permettait de tracer des dessins géométriques. Souvent, une étoile, parfois un monogramme. Une des plus anciennes calades (un peu usée) peut être admirée devant l’église Notre-Dame de Mauléon, ville haute. Mais c’est en Haute-Soule que l’on en rencontre le plus.

 

                                                           L’architecture religieuse 

Les églises romanes (XIe - début XIIIe siècles)

Nombreux furent les édifices religieux construits surtout au XIIe siècle en Soule  (comme en Haut-Béarn). En effet, l’argent des expéditions contre les Maures d’Espagne, permit aux vicomtes et aux ordres religieux dominicains et franciscains et à l’Ordre des Chevaliers de Saint-Jean, de multiplier sur les routes de Saint-Jacques : églises, chapelles, abbayes, hospices, commanderies. De style roman, la plupart de ces monuments ont pratiquement tous subi d’importantes dégradations au XVIe siècle, en 1569, par les troupes de Jeanne d’Albret et de Mongomery. Généralement, ce sont les clochers qui ont souffert le plus de ces saccages. Ils pouvaient servir de tour de guet ou de défense. Mais en Soule, la plupart ont été reconstruit après cette date en clochers trinitaires (à trois toits pointus). Lorsque le toit du milieu est plus haut, on a coutume d’appeler le clocher, clocher-calvaire, en référence à la croix du Christ encadré par les deux Larrons (comme à Assurucq). La petite galerie de bois ou bretèche, recouverte d’un toit d’ardoise et fixée sur le pignon du clocher sert seulement à protéger les cloches du vent et à orienter les sons vers le bas, On peut constater qu’en Haute-Soule, les clochers trinitaires ont tendance à disparaître, pour être remplacé par des clochers pointus à six pans encadrés de quatre clochetons.
La plupart de ces églises possèdent un escalier en pierre extérieur. Il permet d’accéder aux galeries. Pour certaines, cet escalier se trouve à l’intérieur. Il est alors en bois.
Autre particularité des églises souletines : l’auvent protégeant le porche, protège également des nombreuses pierres tombales (jarleku) qui recouvrent le sol. On marche sur les morts pour accéder à Dieu…

Précision historique sur le clocher trinitaire

Il est de tradition de dire que les clochers trinitaires sont postérieurs aux guerres de Religion. Et qu’il s’agit d’un clocher-calvaire représentant symboliquement le Christ entre les deux larrons, lorsque le toit du milieu étant plus haut que les deux autres l’encadrant.
Clocher trinitaire Eglise de Aussurucq
Clocher trinitaire et son abat-sons. A droite, église d'Aussurucq, son clocher calvaire et son auvent.  Photos J. Omnès

À ce niveau, nous pouvons tout d’abord affirmer que tous les clochers ne sont pas calvaires, certains toits sont de même taille ; il est donc impossible d’affirmer ici qu’il s’agit d’une reproduction du Golgotha.

Par ailleurs, rien n’obligeait les architectes de l’époque de reconstruire les clochers détruits en clochers-murs à trois pinacles sous prétexte que la pauvreté du pays ne permettait pas de grands clochers carrés. Trois pinacles, c’est bien plus compliqué et cher que la réalisation d’un toit, ce qu’avaient bien compris les maîtres maçons de la Bigorre où abondent les clochers-murs à un toit et dont la plupart ont été également reconstruits après les saccages des huguenots en 1569.
Nous n’avons pas trouvé l’origine de ce style, mais notre hypothèse est qu’elle a une cause lointaine : la lutte contre l’arianisme des occupants wisigoths qui ne croyaient pas à la Sainte-Trinité. Malgré de nombreuses persécutions, cette hérésie était sans cesse renaissante. Il est étonnant de voir que son pourfendeur, Saint-Grat, était originaire de Soule (Charritte-de-Bas (1). Les croyances ont la vie dure et l’empreinte wisigothe a été assez importante dans la région (voir L’hôpital Saint-Blaise) pour laisser des traces. Ce mystère de la Sainte-Trinité devait être difficile à accepter par les locaux christianisés tardivement. Jusqu’au XVIIIe siècle, les retables souletins ont dû multiplier les éléments visibles de ce concept ou de ce mystère : Dieu le père, avec son triangle, le fils et le Saint-Esprit présentés sous la forme d’une colombe. L’Annonciation qui est également partie prenante de ce mystère est aussi très présente sur les panneaux en bas-relief des retables. Mais ce n’est qu‘une théorie. Alors qu’en Bigorre c’est plutôt le thème de l’Assomption de la Vierge qui est le plus courant dans la réalisation des retables.

(1) Certains auteurs le font naître à 5 km de là, à Lichos en Béarn

Les chevets ont le mieux résisté. Même dans des églises restaurées ou reconstruites (la plupart d’entre elles à des degrés divers), il reste quelques éléments romans. Les toitures sont presque toujours couvertes d’ardoises sauf vers la Basse-Navarre (Pagolle), où la tuile est utilisée.

Presque toujours, surtout en Haute-Soule, les églises sont édifiées sur des buttes ou des éperons rocheux, et généralement orientées vers l’est (direction de Jérusalem). Peu de pierres sculptées, exception faite pour le tympan qui parfois indique la date de construction ou de reconstruction. Il est à noter qu’en Soule contrairement aux églises de Bigorre, le chrisme est rarement présent. Question de discrétion religieuse vis-à-vis des huguenots et des guerres de Religion ? Réutilisation par les paysans locaux en pierre de remploi ? Lorsqu’il y a un chrisme, celui-ci est généralement petit et épuré. Peu de colonnes à chapiteaux sculptés encadrent le porche, elles sont généralement sobres. Par contre, dans les églises les plus riches, les voussures sont ornées de belles sculptures : personnages, animaux ou figures géométriques.
Chrisme SaligosChrisme ornant une porte

Les plus belles et les plus vastes, sont celles de Sainte-Engrâce et de l’Hôpital- Saint-Blaise (elles sont en fait d’époque de transition roman-gothique, mais leurs façades et leurs clochers sont typiquement romans. On peut également citer l’église d’Ordiarpen Basse-Soule, deHaux, Laguinge, Sunhar et AroueenHaute-Soule.Des églises d’origine romane modifiées aux XIVe et XVe, siècles ont peut citer Camou, Alçay, Alçabéhéty en Haute-Soule et Laruns, Lohitzun, Charritte-de-Bas, Aroue et Olharby en Basse-Soule. Dans le cimetière, tout autour de l’église, abondent les croix de pierre fichées en terre et les stèles discoïdales.

Précisions sur le chrisme
Le chrisme représente le monogramme du Christ avec les lettres grecques X (khi) et P (rhô), encadrées par µ ou A (alpha) et w ou W (oméga) ; première et dernière lettre de l’alphabet. Elles symbolisent le début et la fin de toutes choses. C’était le signe de reconnaissance des premiers chrétiens qui faisaient référence à la Bible, à l’Apocalypse : « Je suis le début et la fin, l’alpha et l’oméga ». Dans les communes plus riches, le chrisme est remplacé par un Christ en majesté dans une mandorle, entouré des quatre évangélistes sous leur forme symbolique : le lion pour saint Marc, le taureau pour saint Luc, l’aigle pour saint Jean et l’homme pour saint Matthieu.Hôpital St Blaise chrisme 2Chrisme tétramorphe de l'Hôpital St-Blaise. Photo J. Omnès

À l’intérieur, souvent à nef unique, peu ou pas de chapelles, sauf celles qui sont rajoutées après coup pour pallier le manque de place. Généralement, on préférait par économie, surtout après les saccages des guerres de Religion, rajouter une ou deux galeries, fixées sur les murs, l’une au-dessus de l’autre. Ces galeries sont prolongées sur le côté, en direction du chœur. Celles, face au chœur étaient réservées aux notables, les latérales aux hommes, les femmes étant placées au rez-de-chaussée (1). À l’entrée, présence fréquente d’un bénitier encastré. Parfois, un deuxième bénitier, celui des Cagots, se trouve près de la porte , dite des Cagots (assez peu fréquents en Soule). Le sol est généralement recouvert de dalles de schiste quand il n’a pas été remodelé au XIXe siècle. Dans les églises les plus anciennes, les familles enterraient leur mort dans la nef et une pierre gravée ou dalle funéraire appelée jarleku était réservée au défunt des maisons. C’était sur ces dalles que les veuves faisaient brûler les longs et fins cierges enroulés des morts ou ezkoa. Peu de lucarnes, la population rurale en grande majorité illettrée n’avait pas besoin de voir pour réciter les Évangiles. La seule lumière vient du chœur par quelques étroites ouvertures. Il faut bien, par contre, voir le curé et également que celui-ci puisse dire la messe. Et surtout que Dieu, symbolisé par le rayon de lumière, puisse pénétrer au cœur de sa maison. Suite aux pillages de 1569, le mobilier est presque toujours postérieur à cette date. Ce qui frappe surtout dans ces églises souletines, c’est la richesse de ce mobilier, généralement des XVIIe et XVIIIe siècles, que se soient les retables, les statues ou les tabernacles en bois polychrome ou doré. Voir plus avant.  Ils côtoient souvent le baptistère roman en pierre locale et monolithe recouvert d’un « chapeau » de laiton. Peu d’armoire baptismale comme en Bigorre.
Fréquent dans les églises souletine, la croix processionnelle. Elle est souvent mise en évidence. La plupart sont en métal. Certaines, les plus belles, sont en bois polychrome.
Croix processionnelleCroix Processionnelle Aussuruck
Croix de l'église en bois polychrome de Suhare. A droite celle d'Aussurucq Photo J. Omnès

Ezkoa 2Ezkoa

Il est assez difficile, depuis un certain temps, d’entrer dans une chapelle en Soule, en dehors des offices religieux et des heures de ménage, généralement le samedi. Elles sont fermées la plupart du temps à cause des vols qui se sont multipliés ces dernières décennies. Il faut en général demander la clef à la mairie, au voisin ou à Monsieur le curé. Téléphoner avant si possible. Les églises de Haute-Soule sont, en général, plus ouvertes que celles de Basse-Soule.

(1) Contrairement à ce que l’on peut lire dans certains ouvrages, il ne s’agit ici nullement de l’affirmation du machisme de l’homme basque, mais de la prépondérance de la femme gardienne des traditions et du culte des ancêtres près des jarleku qui se déroulait en rez-de-chaussée. Par ailleurs, dans les célèbres chorales basques, il était important que les voix des hommes plus graves soient en hauteur au-dessus de celles des femmes.


Les chapelles de montagne

Très anciennes, elles datent du début du christianisme et sont placées le plus souvent sur d’ancien lieu de culte païen. Certaines ont été édifiées sur des routes de Saint-Jacques. Elles sont assez basses et ont la forme allongée des bordes de montagnes. Assez rustiques, elles sont faites de pierres locales, surmontées d’un toit à deux pentes en ardoise ; le clocher est réduit ou absent. Pas d’appel pour la messe, par contre la présence d’une cloche même modeste sert à diriger les voyageurs par temps de brouillard. On trouve des chapelles sur le mont Madeleine à Tardets, Saint-Sauveur à Iraty, Saint-Antoine près de Musculdy, Saint-Joseph près de Larrau, et à Saint-Grégoire vers Ordiarp… En plaine, des oratoires, de volume plus restreint, sont des offrandes de particuliers pour un vœu exaucé. Ils sont proches des maisons des donateurs et facilement accessibles. Ils servent de reposoir pour les processions des rogations
 
La Madeleine chapelle 7
Chapelle de la Madeleine. Photo J. Omnès

 Les églises gothiques et Renaissance : fin XIIIe-XVIe siècles.

L’invention de la croisée d’ogives va permettre de construire plus haut, avec des ouvertures plus grandes. Celles-ci seront ornées de magnifiques vitraux.Cet art nouveau, venant du Nord, mettra un certain temps à s’imposer en Pays d’oc en général et en Soule en particulier.De plus, il sera adapté. Les contreforts ne seront pas éloignés des murs pour former des arcs-boutants ; ils seront au contraire édifiés contre les murs porteurs donnant au bâtiment un aspect plus lourd, voire plus imposant. Peu d’églises d’origine gothique comme celle de Gestas. La plupart des églises en Soule, sont à l’origine, d’époque romane, mais elles ont été transformées à l’époque gothique. Certaines églises furent fortifiées, comme celles de Gestas, Montory, Domezain et Musculdy.
Portail classique dune église souletine

Les églises du XIXe siècle.

Souvent réalisées aux alentours de l’époque des Apparitions de Lourdes, 1858, comme à Tardets et Mauléon, pour remplacer les églises anciennes en état de délabrement. Elles ont récupéré les mobiliers baroques. Le toit de leur clocher conique à six pans est parfois entouré de quatre clochetons. Il est à noter l’absence de clochers à l’impériale, tant prisés en Béarn des Gaves voisin.

Éléments religieux 

Le mobilier baroque.

La présence dans les églises souletines, de retables, autels, statues ou chaires des XVIIe-XVIIIe siècle, en bois polychrome et doré provenant pour partie des ateliers Giraudy de Lescar ou du « sculpteur de Sauguis », est due aux aménagements imposés par la Contre-Réforme pour la reconquête des fidèles. En plus des prescriptions du Concile de Trente, le concile provincial de Toulouse en 1590, apporta certaines précisons quant aux emplacements des tabernacles et de leur mise en scène par de riches retables. Les plus importants datent de l’époque d’Arnaud-François de Maytie évêque d’Oloron. De 1660 à 1705, viennent les retables de style oloronais avec tabernacle Ecce Homo (1) et l’Annonciation peinte sur panneaux.

Puis, sous l’énergique impulsion de Monseigneur Joseph de Revol, évêque d’Oloron (1705-1742) « les petits génies nuds », (angelots), portent à partir de 1711, des ailes, et leurs sexes sont rendus invisibles de différentes manières. Beaucoup de retables présentent la Sainte-Trinité, modèle récurant en Soule sous la forme de Dieu le père, protecteur de son Fils, situé au-dessous et tous deux dominés par une colombe représentant le Saint-Esprit. Parfois le symbolique du triangle est sur la tête de Dieu, telle une auréole. Parfois il est autour de la colombe.

(1) Voici l’Homme : représentation de Jésus-Christ portant la couronne d’épines et vêtu de pourpre.

Les jarleku des églises

Au Moyen Âge, les familles enterraient leur mort dans l’église et une pierre sculptée ou gravée – dalle-tombe - appelée jarleku était réservée au défunt des maisons. Les plus anciennes étaient peintes. C’était sur ces dalles que les veuves faisaient brûler les longues et fines mèches enroulées des morts ou ezkoa (1). Par la suite, faute de place dans les églises, les dalles-tombes furent placées devant le porche abrité par un auvent. Ces places étaient censées réservées aux gens de rangs élevés. Les autres étaient enterrés dans les cimetières autour des églises avec une simple croix ou une stèle plantée dans la terre. La partie verticale de la croix est de forme pyramidale à redents très allongée. Les stèles sont de forme discoïdale.
Un croix  typique souletineCroix pyramidales aux dessins géométriques

Durant la protohistoire, le culte des morts ou des ancêtres comme dans beaucoup d’autres civilisations, ne quittait pas le cercle restreint de la maison et des voisins. Le christianisme déplaça ce culte vers l’église, lieu collectif de la communauté religieuse. Les Basques se rangèrent aux demandes de l’Église, en organisant des chemins des morts ou eliza bidea, distincts des voies communales, et permettant à la maison et aux voisins d’accéder au cimetière. Tel un trait d’union entre les vivants et les morts, croix processionnelle en tête.

(1) Une collection de ces cierges des morts est exposée au musée pyrénéen de Lourdes.

Les stèles verticales de formes discoïdales.

Plantées face au levant, elles comprennent deux parties : le socle et le cercle. Le socle, en forme de trapèze allongé représente la terre, la mortalité. Le cercle prolongeant le socle, l’éternité. Ces stèles sont souvent gravées de dessins géométriques sous forme de motifs végétaux, de rosaces ou de symboles de vie : arbres, soleils rayonnants, ou laubürü. La plupart des interprétations du laubürü sont sujettes à caution, mais la majorité des anthropologues penchent pour le symbole du disque solaire universel. Parfois, mais plus rarement, des inscriptions rappellent l’origine du défunt : nom ou maison. L’arrivée des caveaux du XIXe siècle n’a pas supprimé l’érection de ces stèles dont le symbolisme est profondément ancré dans l’inconscient basque, mélangeant les vieilles croyances et le christianisme d’origine. Très en vogue au Moyen Âge, elles sont probablement d’origine antérieure au christianisme, vu les motifs païens qui ornent certaines stèles. Leur station verticale rappelle les pierres levées de la protohistoire.
Pierre tombaleCimetière
Pierre tombale  discoïdale datée de 1661. Cimetière, stèles pyramidales. Photos J. Omnès

On peut voir des stèles modernes parfois fort belles comme celle de la famille Bidart à Sauguis, taillées par des sculpteurs contemporains.
Stèle moderne

Les croix de carrefour.

Elles servaient de halte aux processions des rogations durant lesquelles on demandait au Seigneur de bonnes moissons. Elles sont nombreuses en Soule. Elles se présentent sous la forme d’une colonne de pierre cannelée sur socle carré, et surmontée d’une croix de pierre ou souvent est inscrite une date. Beaucoup sont du XVIIIe siècle. Une particularité souletine, parfois le christ sculpté sur la croix, a les pieds cloués séparément.
Charritte croixCroix de chemin
Croix de carrefour à Charitte et ailleurs. Photos J. Omnès

Sources d’information :
Pyrénées-Atlantiques de Michel de la Torre. Éditions Deslogis-Lacoste, 1990. Plaquette de la série Richesses naturelles et humaines des 543 communes des P.A.
Internet : Patrimoine de France, le dossier de l’inventaire général de 1991 du service régional Aquitaine. 54, rue Magendie, 33074 Bordeaux. ' 05-57-95-02-02.

                                                          L’architecture militaire

La Soule possède un château fort féodal et un très beau château Renaissance à Mauléon, le château d’Andurain. C’est le seul fort du Pays Basque.
Elle abrite également un château classique du XVIIe siècle à Trois Villes. De plus, deux villes furent transformées en bastide : Tardets en 1299 et Mauléon vers 1370. Voir ci-après la rubrique « Bastides. »

                                                                        Les Bastides


Il ne faut pas confondre la bastide du Sud-Est de la France et celle du Sud-Ouest. Dans le Sud-Est, surtout en Provence, on appelle bastide une grande maison de campagne. Dans le Sud-Ouest, il s'agit d'un village fortifié du Moyen Âge (1). Vers le XIIIe siècle, les seigneurs décidèrent de s'occuper d'urbanisme dans un but de peuplement de régions stratégiques et de la mise en valeur des terres d'une façon plus organisée. Le sécuritaire primait. Cela leur permettait également, de reprendre en main les organisations villageoises réalisées par le clergé, aux XIe et XIIe siècles, sous la forme de sauvetés, ou par certains seigneurs, autour de leurs châteaux, sous la forme de castelnaux. Vers le XIIIe siècle, débutèrent les constructions des bastides. Le plus souvent, à partir d'une place carrée à arcades, d'où les rues partaient à angle droit pour former une urbanisation en damiers. Les lots attribués ou ayrals étaient de forme rectangulaire plus profonde que large. Généralement de huit mètres de large, en façade sur rue, sur une vingtaine de mètres de profondeur. À l’arrière de la maison, se trouvait le jardin souvent potager. Ces maisons étaient pratiquement accolées les unes aux autres. Parfois l’espace (l’entremis) entre elles était très réduit : une quarantaine de centimètres, pour les écoulements des eaux usées. Ce qui supprimait tout éclairage naturel sur les côtés. Les pièces du milieu étaient sombres. Le rez-de-chaussée était réservé à l’échoppe, les pièces les plus obscures, à l’arrière-boutique et celles en façade sur rue et jardin, en séjour et chambres. Souvent, l’affranchi d’une bastide recevait des arpents de terre de culture, hors les murs. Les églises étaient construites, soit près de la place centrale, soit à la périphérie. Vu l'époque, elles étaient de style gothique languedocien à nef unique. L'ensemble était protégé par des palissades ou des remparts, doublés de fossés. Afin d’attirer les populations de paysans et d'artisans : les poblants, on offrait à ces villages nouveaux, des avantages fiscaux. Avec obligation pour les « poblants » d'entretenir l'enceinte. La Soule possède deux bastides : celle de Tardets réalisées en 1299, par Auger III, puis Mauléon vers 1370, par les Anglais. Elle est mentionnée pour la première fois en 1387, par un notaire de Navarrenx.

Dans la plaquette Bastides du Béarn et du Pays Basque de l’association Bastides 64, aidée entre autres, par le comité départemental du Tourisme Béarn-Pays Basque, les bastides de Soule ne sont curieusement pas mentionnées. Un oubli, qui, espérons-le, sera vite rattrapé.

(1) Cela peut-être aussi un ouvrage de fortification.





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